Chère liberté d’expression

En France, on est très sensible à la liberté de pensée…mais aussi au respect…

C’est même ce qui a fait bondir des hommes et des femmes de toutes religions en découvrant des dessins, des caricatures plus ou moins insultantes, dans les journaux ou ailleurs… et nous savons bien ce qui s’en est suivi : Agressivité, colère, violence montés en flèche et peut-être aussi manipulés pour des desseins complexes.

Nous comprenons plus ou moins ces flots de débordement émotif. Nous sentons la manipulation. Peut-être essaie-t-on de distraire les gens d’autres problèmes plus sérieux encore. Peut-être utilise-t-on la religion comme un moyen détourné de faire de la politique. Peut-être est-on en train de camoufler le terrorisme et la haine sous le manteau béni de Dieu, qu’il s’appelle Dieu d’Abraham, notre Père ou Allah.

En Occident démocratique, nous avons appris à vivre avec les caricaturistes. Nous les applaudissons quand ils visent juste. Nous leur manifestons de l’indulgence quand ils passent à côté. Rarement, nous sommes scandalisés, même quand ils ironisent sur des sujets qui nous tiennent à cœur. La caricature fait partie de notre culture au même titre que la presse d’opinion ou les commentaires engagés des créateurs.

Aujourd’hui, un autre principe entre en ligne de compte. Saint Paul l’a formulé autrefois en mots bien tapés: «Tout m’est permis; mais tout n’est pas profitable» (1Corinthiens 6, 12). On peut avoir le droit de penser différemment des autres, mais dans le respect des uns et des autres. En ce sens, je ne crois pas profitable d’insister en publiant des caricatures dans les médias. Ces rééditions veulent peut-être affirmer haut et fort la liberté de presse ; cependant, ils attisent davantage les passions et les réactions violentes. Par ailleurs, la violence est aussi une caricature. Le mépris de la personne défigure l’être humain, que celui-ci soit condamnable ou non. Attaquer un semblable, qu’il soit ami ou ennemi, c’est aussi verser dans la caricature. Les humains sont faits avant tout pour entrer en dialogue, reconnaître et accepter leurs différences et construire l’harmonie et l’unité à même ces différences. Alors, l’année pourrait être bonne… à nous de choisir !

Père Michel Boisaubert