Église de Dieu, Église des hommes.

Au cours d’un camp, un jeune éducateur s’inquiétait des jeunes qui étaient là. Le groupe traversait une mauvaise période. Les jeunes avaient mauvais caractère. Ils ne s’appréciaient pas tellement les uns les autres. Ils se disputaient.  Grognements et mots durs, des vengeances… Bref, aucune solidarité! Un soir, en concertation, une animatrice lui dit: «Propose-leur un projet commun!»

Un projet commun! Ouvrir un chantier où tous pourraient apporter leur savoir-faire, leur compétence, s’appuyer les uns sur les autres, apprendre la solidarité. Pour arriver aux termes fiers d’avoir réalisé une œuvre ensemble. Je pense aux Compagnons du Tour de France, où le « faire-ensemble » canalise les solidarités et fait naître les fraternités.

C’est un peu le principe que suit Jésus en confiant à ses disciples l’annonce de la Bonne Nouvelle. C’est, du moins, ce qui ressort du récit de la pêche sur le lac de Tibériade après la résurrection.

Pierre et quelques compagnons revenaient d’une nuit de pêche. Rien, pas un poisson. Jésus leur dit de lancer de nouveau le filet. Il aurait bien pu fournir lui-même le poisson. Il se contente d’indiquer la bonne place. Et le filet se remplit de poissons, une multitude de poissons.

Sur la grève, un feu de braise, du poisson sur le grill et du pain. Mais Jésus demande aux pêcheurs de donner de leur pêche. Jésus peut tout donner, mais il demande la participation.

Plus tard, après le repas, Jésus s’entretient avec Pierre. Il parle des siens. Il en parle comme un berger évoque ses brebis, ses agneaux. Avec attachement. Mais voilà que Jésus confie à Pierre de faire paître son troupeau. Les brebis appartiennent à Jésus, mais Pierre participera au travail du pasteur. Il aura pour mission de nourrir les croyants et les croyantes.

C’est étonnant: une tâche aussi importante, une mission divine entre les mains d’un homme. Étonnant ! Mais c’est la stratégie de Dieu. Dieu fait confiance jusque-là. L’Église est son œuvre, mais nous en sommes tous responsables. À cause de cela, elle porte souvent les faiblesses que nous retrouvons en nous. Elle montre parfois un côté fragile. Après tout, elle rassemble des êtres vulnérables. Mais Dieu prend le risque: plus elle nous ressemblera, plus elle sera le lieu où il pourra nous rejoindre et rejoindre les plus pauvres.

Église pauvre et vulnérable, Église de petits et de faibles, mais Église de Dieu. Église aux visages humains, le lieu par excellence pour reconnaître le visage de Dieu.                                                                        Abbé Michel Boisaubert