Lettre à François, mon frère pape

Te voilà le pasteur de l'Église universelle. Je sais que tu auras été surpris en accueillant la décision de tes pairs… mais tu savais en l’accueillant que c’était bien l’Esprit du Seigneur qui te choisissait.

Tu me fais penser à ce feu qui jaillira dans la nuit de Pâques. Ce feu sera communiqué à un grand cierge. Puis, nous irons à l'église en suivant cette petite flamme, si fragile que le moindre coup de vent peut l'éteindre. Flamme fragile pour rappeler Dieu tout-puissant qui s'est présenté en la personne de Jésus.

J'ai toujours peur que le grand cierge s'éteigne entre le feu et l'église. Si j'avais été sur le bord de la route quand Jésus est entré dans Jérusalem, je crois que j'aurais eu peur que tout le projet de Dieu s'effondre. Ma crainte aurait grandi quand Jésus fut conduit devant Caïphe et Pilate, pour enfin aboutir à la mort sur la croix.  Aujourd'hui, je sais que cette descente aux enfers s'est transformée en victoire sur la mort.

Et pourtant, je dois reconnaître qu'il pénètre dans ma vie bien humblement et qu'il s'installe dans le décor désinstallé de ma foi. Il est là encore aussi fragile que la flamme du grand cierge qui se déplace dans la nuit venteuse. Je veille sur ce petit feu doux et humble, pour qu'il ne s'éteigne pas malgré les assauts du vent. François, ton pontificat va se bâtir sur le défi de la fragilité.  Le défi de la fragilité, je crois que Dieu le propose, et moi avec lui, à mon église qui a honte de ses pauvretés et qui s'ennuie parfois de ses antiques triomphes. Le défi de la fragilité, j'aimerais le proposer à la société, à ma culture occidentale, à ces nations qui prétendent pouvoir vaincre tous les obstacles, même la mort. Le défi de la fragilité, quand le Christ nous rappelle que seul le grain qui meurt dans la terre peut produire des fruits.

Permets-moi de souhaiter que tu ne sois pas trop sage. Sois du genre Jésus de Nazareth! Quelqu'un qui n'a pas peur de rencontrer les pécheurs. Il y en a encore, tu sais. Et il y en a encore qui nous précèdent dans le royaume ! Rappelle-nous que les seules lois qui méritent respect sont celles qui expriment fidèlement l'esprit.

On ne t'aimera pas toujours si tu ressembles trop à Jésus. Accepte de perdre des partisans, s'il le faut, pour demeurer fidèle à son Évangile. Jésus a payé cher sa communion à son Père et son option pour les pauvres et les petits. Peux-tu être dispensé du prix que te coûte ta foi?

En terminant, j'ai une faveur à te demander: prie pour moi. Ce que j'attends de toi, je dois en vivre moi-même. Et compte sur ma propre prière.

Père Michel Boisaubert curé