Il faudrait bien parler de Noël…

 Plus je vieillis, plus je suis fasciné par le mystère de l’Incarnation. Dieu parmi nous comme s’il n’y avait pas plus beau que la terre pour lui. Dieu parmi nous comme s’il n’y avait rien de mieux qu’une vie humaine pour que Dieu respire sa vie divine.

L’événement Noël proclame l’amour de Dieu pour nous, mais aussi «l’éminente dignité» de l’être humain dans sa nudité et son dépouillement. Je ne suis pas surpris de constater que nous ayons entouré la fête liturgique d’un folklore parfois dégoulinant. Pas surprenant que nous nous lancions dans la fantaisie avec la surconsommation, les décorations lumineuses, le déferlement des chocolats, les montagnes de choses inutiles dans les magasins… et la revente sur internet, des cadeaux qui ne sont pas encore arrivés… Tout ce déploiement nous distrait-il du cœur même du mystère de Noël… Peut-être…
Un enfant! Rien qu’un enfant! Certains diront que ce n’est pas sérieux. Dieu nous dit plutôt que c’est ce qu’il y a de plus sérieux dans l’univers. Un enfant dans toute sa faiblesse. Notre attention se portait ailleurs. Dieu nous ramène à nous-mêmes dans un enfant qui naît au hasard d’un voyage.
Dieu naît en passant… Dieu arrive à la belle étoile. Dieu se retrouve sans abri, sans vêtement, sans confort ni richesse comme pour nous situer au-delà des valeurs. Dieu nous dit que l’être humain ne se pèse pas. Il ne se calcule pas. Nous sommes souvent tentés de jauger l’importance des humains à leurs avoirs.
Dieu dit, en naissant pauvre et démuni, que l’être est la véritable grandeur de l’humain. Nous sommes toute gratuité. Il n’est donc pas étonnant alors que nous choisissions la fête pour dire ce mystère tout gratuit. La fête, c’est dire des choses sérieuses en utilisant le langage de la fantaisie, voire de la démesure…. Nous soulignons à grands traits de joie et de partage l’essentiel qui s’écrit dans notre livre de vie.
Il faudrait bien parler de Noël. Ou plutôt le laisser parler vraiment… Écouter Noël sans préjugé. Le laisser écrire plutôt que de griffonner à sa place. Peut-être avons-nous trop réglé son compte à cette fête. Noël a grandi parmi nous comme un adolescent qu’on n’écoute pas suffisamment. Le christianisme est une religion qui nous renvoie à nous-mêmes au lieu de nous faire fuir loin de notre réalité. Et Noël nous incite à chercher la présence de Dieu au sein de l’univers. Dans ce monde et pas ailleurs, Dieu veut être
rencontré. Décidément, il faudrait bien parler de Noël… Belles et saintes fêtes de Noël à vous et à vos familles…
Michel Boisaubert curé