Moi, je ne crois que ce que je vois...

Thomas est devenu l’incroyant de service, le patron des douteurs et des mauvaises têtes.

Un douteur, donc un apôtre un peu moins fiable que les autres, pour le petit monde des gens bien-pensants. Et bien, j’ai envie de faire de lui un modèle du vrai croyant, un modèle à imiter. Jean écrit que Thomas a un surnom. On l’appelle « le Jumeau ». Oui, mais le jumeau de qui ? Jamais, nulle-part, l’évangile ne nous dit qui était le frère jumeau de Thomas. C’est sans importance, direz-vous. Je ne le pense pas. Un rabbin dirait que ce qui n’est pas écrit, est aussi important que ce qui est écrit... et Jean était juif. Donc ce n’est pas pour rien que Thomas était surnommé le Jumeau. Alors de qui Thomas était-il le Jumeau ? Les autres apôtres semblent ne pas avoir cru à la résurrection de Jésus, quand Marie de Magdala est venue du tombeau pour leur dire : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit... » Eux aussi, ils n’ont commencé à y croire que quand le Ressuscité s‘est montré à eux, et leur a exposé ses mains et son côté. Ils n’ont commencé à y croire que quand ils ne pouvaient plus faire autrement, exactement comme Thomas une semaine plus tard. Thomas ne peut pas croire que Jésus est ressuscité. Cela ne veut pas dire qu’il n’aime pas Jésus. Cela ne veut pas dire qu’il renie Jésus. Il est le jumeau de beaucoup de gens qui aiment le Christ et son message, mais qui ne peuvent pas croire qu’il est ressuscité. Tous n’osent pas le dire, tous n’osent pas dire leur difficulté à croire cela. Ils craignent d’être jugés comme des chrétiens inférieurs, ou ils se jugent ainsi eux-mêmes. Et ceux qui aiment le Christ sans avoir une foi triomphante sont là pour nous obliger à nous demander si la foi n’est pas parfois une solution de facilité. En effet, Thomas se refuse le droit de rêver. S’il veut toucher les plaies de Jésus, c’est pour être sûr qu’il ne s’agit pas d’un rêve destiné à atténuer les souffrances de Jésus et sa propre lâcheté.

Il ne veut pas d’une foi qui serait une manière de fuir la réalité, de fermer les yeux sur la souffrance d’un autre et d’oublier sa propre responsabilité. Il a besoin de voir que le Ressuscité est son frère, son portrait, son jumeau. Alors il pourra croire que pour lui aussi, Thomas, et pour tout homme, il y a une possibilité de se relever et de vivre avec ses plaies. Thomas, le jumeau de Jésus. Car Thomas aussi a montré ses plaies, Il a montré sa souffrance intérieure, son désespoir, son chagrin, sa honte. Si nous croyons que le Christ est ressuscité, nous le devons à une foule de gens qui nous ont parlé du Ressuscité et de leur propre résurrection sans chercher à nous cacher leurs luttes, leurs doutes. Thomas, le jumeau de ceux qui aiment le Christ sans arriver à croire qu’il est ressuscité.

Thomas, le jumeau du Christ humilié et abîmé, et relevé par lui de sa misère Thomas, mon jumeau !

Beau temps de Pâques à chacun(e).       

 Michel Boisaubert curé Doyen