Lettre ouverte à un prêtre pédophile, par Pierre DURIEUX (publiée dans le journal Le Monde).

« Je t’en veux parce que tu as blessé des enfants, leur personne, leur affectivité, leur sexualité, leur identité. Je t’en veux, parce que tu as trahi ta triple vocation d’homme, de chrétien et de prêtre.

Moi qui suis père de famille, si tu avais touché à mon enfant, j’aurais eu envie de faire justice moi-même, de le venger, de te tuer, peut-être. Le pape ne mâche pas ses mots : « vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet ». Ne crois pas qu’une partie de cette phrase soit moins importante que l’autre. Ces temps-ci, tu es tellement médiatisé que les trois P du carême, « prière, pénitence, partage », ont été remplacés par les trois P de la suspicion : « PPP, prêtre peut-être pédophile ».

Pour toujours et pour tous, l’expression « prêtre pédophile » devrait être une contradiction. Pour l’heure et pour certains, elle est devenue une évidence. Tu as réussi à assombrir la lumière de l’Évangile. Je t’en veux parce que tandis que tu tombes sous les feux des projecteurs, mille de tes confrères restent debout dans l’ombre. Leur fidélité ne me console pas de ton infidélité. Mais ton infidélité n’anéantit pas leurs efforts.

Samedi, le pape t’a écrit : « reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu… ».

Et pourtant la joie de l’Évangile ne cesse de retentir dans mon cœur de prêtre. Ici dans le Dunois, ma joie est une joie qui a pour sœur la pauvreté de cœur…  Celui qui est appelé sait qu’il existe en ce monde une joie simple et pleine : celle d’être pris par le peuple qu’on aime pour être envoyé à lui comme témoin de la tendresse de Jésus, l’Unique Bon Pasteur qui, plein de profonde compassion pour les petits et les exclus de cette terre, fatigués et opprimés comme des brebis sans pasteur, a voulu associer beaucoup de personnes à son ministère pour rester et agir Lui-même, dans la personne de ses prêtres, pour le bien de son peuple. Alors, mes amis, priant les uns pour les autres, avançons fraternellement sur ce chemin de Vérité et de Liberté qu’est le Christ pour chacun de nous.

Bonne et Sainte Toussaint.                     Père Michel Boisaubert. Doyen