Aimer comme du bon Pain.
Je déjeunais lundi dernier chez des amis… et le papa, saisissant le pain, fit une large croix sur ce dernier avant de le trancher… ce geste m’a rappelé celui de mon père, de mon grand père, qui s’apprêtait à bénir le pain.
Pour moi et bien d’autres, le pain est le symbole de toute la vie. Il sent bon la joie des jours heureux. Quand tout va bien, la mie est moelleuse, la croûte dorée. Les jours de tristesse, le pain sèche et durcit. Il devient lourd et massif. Pain de tendresse et d’affection, pain triste et nostalgique de celui qui trouve le temps long. Pain des adieux quand il faut se quitter. Pain amer des ruptures et des blessures du cœur. Le pain de tous les jours se laisse imprégner de nos bonheurs comme de nos malheurs. Il est ou devient le compagnon du voyageur, du pèlerin ! ! !
Un jour, il y a fort longtemps, le pain s’est retrouvé sur une table quelque part près de Jérusalem. Un homme faisait ses adieux à ses proches, à quelques heures de sa mort. Il prit le pain comme le faisait mon grand père. Il rendit grâce à Dieu et partagea le pain entre ses amis attablés avec lui. Il ajouta: «Vous ferez cela en mémoire de moi.» Ce jour-là, le pain reçut une dignité à nulle autre pareille. Le pain est devenu le pain de Dieu.
Fruit de la terre et du travail humain, il s’est manifesté comme la nourriture de Dieu. Ce jour-là, Dieu annonçait qu’il se nourrissait à même nos joies et nos tristesses, nos rêves et nos réalisations, nos épreuves et nos souffrances. On s’en doutait bien. Les prophètes avaient dit de Dieu qu’il a des entrailles de mère…
Mais, la veille de la mort de Jésus, Dieu proposa au pain de devenir présence de son Fils parmi nous jusqu’à la fin du monde. Présence et partage. Présence et communion. L’Église ajouta plus tard: «Il est grand le mystère de la foi.» À cause du pain, elle aurait pu dire: «Il est grand le mystère de l’amour quand Dieu nous reçoit à sa table et qu’il bénit le pain pour ses enfants que nous sommes»! Vivre le Carême, c’est peut-être changer de cœur pour découvrir ou redécouvrir que notre vie est à l’image de Dieu : Devenir un bon pain qui se donne et qui fait vivre !
Père Michel Boisaubert







