Patience et Persévérance

Nous entrons dans le temps de l’Avent : temps de l’attente, temps de l’espérance ! La vigilance doit nous habiter, enseignait saint Grégoire, et elle serait bien médiocre et fragile si elle n’était habitée que par la crainte ou la peur de voir s’écrouler un jour ce monde visible dans lequel nous vivons. « Pleurer à cause de la destruction du monde est le propre de ceux qui ont enfoncé les racines de leur cœur dans l’amour de ce monde et qui ne recherchent pas la vie qui doit venir après et n’en soupçonnent même pas l’existence »….

Seul l’amour et le désir du Christ peuvent nous garder vigilants. « Je veux vous voir exempts de soucis », écrivait Paul aux Corinthiens (1:7,32). La vigilance du Chrétien est la vigilance du cœur qui aime, du cœur dont l’amour et le désir souhaitent ardemment la venue du Règne de Dieu. Elle implique également la liberté du cœur, la libération de tout souci. Ainsi, loin d’être source de crainte, la venue du Seigneur sera une cause de joie dans le cœur du fidèle.

Qu’est-ce que cela veut dire pour nous, dans notre vie quotidienne ? Le danger ne serait-il pas, que tourné vers Celui qui vient, nous en venions à oublier cette terre et ceux qui l’habitent ? Ou pire, à mépriser tout ce qui se vit dans nos sociétés… Certains ont tiré semblables conclusions des paroles du Christ. Même des chrétiens, méprisant le monde, se recroquevillent sur eux-mêmes et se sclérosent ! La venue du Christ à Noël ne doit pas nous pousser vers le désert ni nous retirer du monde. Bien au contraire, vivre Noël, c’est apprendre à aimer le monde, à aller au devant du monde.

Demeurer éveillé, être vigilant, exige à la fois de contempler la vérité et d’agir courageusement sans jamais se lasser. « Celui qui veille, c’est celui qui par ses œuvres garde ce qu’il croit ; celui qui veille, c’est celui qui repousse loin de lui les ténèbres de la torpeur et de la négligence ». Une parabole des évangiles décrit l’attitude de la vigilance pour ce temps de l’Avent : le fidèle serviteur qui attend le retour du maître. Il sait qu’il devra rendre compte des biens de son maître, aussi met-il tout son zèle à bien administrer les biens qu’il lui a laissés en gérance. C’est dire que, comme chrétien, nous ne pouvons vivre l’attente de Noël en oubliant notre engagement terrestre. Nous vivons dans un monde dont nous sommes comptables et au milieu des hommes dont nous sommes responsables. Voilà ce que veut dire en somme être vigilants dans la vérité, la paix et l’amour. Belle et sainte route vers la crèche de Noël !                                                   Père Michel Boisaubert