Nous étions encore à la joie de Noël et de l'Epiphanie, accueillant l'engagement de Dieu pour tous les hommes de bonne volonté, les hommes qu'Il aime, accueillant ce Dieu se faisant fragile et pauvre, l'un d'entre nous pour nous libérer du péché du repli sur soi, de la violence et de ce qui est contraire à la dignité humaine quand la violence terroriste aveugle s'est invitée chez nous, visant des journalistes, des policiers, des otages.

 

Bien sûr, nous étions informés par les média des actions terroristes en de nombreuses zones de conflits de notre planète. Nous savions que notre pays a engagé, par conviction et responsabilité, des soldats pour lutter contre ces violences semant la terreur soit disant « au nom de Dieu ». Mais cela était ailleurs, loin de nous... Rien ne peut justifier ce type de violence barbare. Rien ne doit nous laisser entrainer dans un relativisme où il y aurait des excuses ou de bonnes ou mauvaises victimes de type de violence.

         La stupeur, l'émotion, l'indignation et l'inquiétude nous ont saisis. Nos pensées, nos prières ont rejoint les victimes et leurs familles. Avec tristesse, gravité et dignité la population de notre pays par delà ses différences légitimes a retrouvé un réflexe d'unité nationale refusant et résistant à la peur, à la division. Car par delà les journalistes de « Charlie Hebdo » dont on peu être agacé par la tonalité de ce journal, les auteurs de cette tuerie mettaient en cause des valeurs de la nation.. Beaucoup se sont retrouvés sur les convictions qui assurent notre vivre ensemble dans la liberté, l'égalité et la fraternité. Elles reposent sur les droits et les devoirs de nos libertés personnelles et communautaires: liberté d'expression, liberté d'opinion, liberté religieuse...

         Passé le temps de l'émotion et des media, passerons-nous à autre chose où serons nous renforcer dans un agir qui ne sera pas seulement réactions immédiates aux évènements ?

         Il me semble que ces évènements nous invitent à l'action.

-        À la vigilance et la maitrise dans nos paroles, nos initiatives pour qu'elles restent pour les chrétiens que nous sommes inspirées par le Christ qui veut faire de nous « un peuple ardent à faire le bien[1]» (Lettre de l'apôtre Paul à Tite, 2, 14, une des lecture de Noël, messe de la nuit) et pour les citoyens que nous sommes inspirées par les valeurs communes auxquelles nous tenons.

-        À la vigilance pour ne pas nous laisser enfermer dans des peurs, des approximations, des rumeurs, des images ou la recherche du « bouc émissaire » qui feraient le lit de ce que nous voulons combattre. Nous le savons, la peur de l'autre est mauvaises conseillère et le carburant de tant et tant de conflits.

-        À l'engagement résolu dans des comportements qui servent la rencontre, le dialogue, la compréhension, la fraternité et l'amitié entre les personnes et les groupes de citoyens aux convictions politiques, religieuses et éthiques plurielles.

-        À la construction et consolidation de ce qui fait notre unité et notre volonté de vivre ensemble dans la nation.

-        À l'éducation, car notre société très marquée par l'économie et les chiffres est en déficit d'espérance, d'idéal et de projet mobilisateurs laissant des jeunes être la proie de groupes fanatiques ou sectaires. Véritable défi non seulement pour les communautés et familles musulmanes, mais aussi pour notre société, tous les éducateurs et pour nos familles.

-        À savoir prendre le temps de parler de tout cela en famille, dans nos relations de travail ou de voisinage car une prise de conscience plus forte est nécessaire sur ce qui fonde en chacun de nous et dans notre société le ciment de notre vivre ensemble. C'est cela aussi la politique.

« Seigneur, mets en nous le désir de ce qui est vrai, tiens nous dans ta lumière, garde nous dans un esprit de justice et de paix. Et quand nous aurons vu ce que tu demandes, aide nous à l'accomplir d'un même cœur »

 

                                                        + Michel Pansard