Vigilance, amour et joie

L’année liturgique se termine et l’évangile interpelle: « Jésus parlait de sa venue :

« Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête ».  L’évangéliste Luc énumérait des épisodes dont il devait être témoin.  Ici, son regard quitte ces perspectives historiques pour se porter vers la Fin des temps. Ce sont de vieilles images de la tradition exprimant une intervention de Dieu sur un monde qu’il veut libérer du mal. Les amis de Jésus n’ont rien à craindre, ces événements disent la victoire de leur Maître. La condition est qu’ils soient vigilants.

Notre vigilance serait bien médiocre et fragile si elle n’était habitée que par la peur de voir s’écrouler ce monde dans lequel nous vivons. « Pleurer à cause de la destruction du monde est le propre de ceux qui ont enfoncé les racines de leur cœur dans l’amour de ce monde » (Saint  Augustin). La vigilance du Chrétien est la vigilance du cœur qui aime, du cœur dont le désir souhaite la venue du Règne de Dieu. Elle implique également la liberté du cœur, la libération de tout souci.

Il y a un danger pour notre vie quotidienne ? Oui, ce serait que la peur provoque un oubli de cette terre et de sa vie de chaque jour ?

La pensée de la venue du Christ ne doit pas pousser les chrétiens vers le désert ni les retirer du monde. Demeurer vigilant, enseignait Saint  Grégoire, exige de contempler la vérité et d’agir courageusement sans se lasser. « Celui qui veille, c’est celui qui par ses œuvres garde ce qu’il croit ; celui qui veille, c’est celui qui repousse loin de lui les ténèbres de la torpeur et de la négligence ». Il ajoutait: « Frères, changez vos mœurs, résistez aux maux qui vous tentent, remportez la victoire ».

Une autre parabole décrit l’attitude de la vigilance : le serviteur qui attend le retour de son maître sait qu’il devra rendre compte des biens qui lui sont confiés. Il est dans une vigilante attente et administre au mieux les biens qu’il a reçus en gérance.

C’est dire avec l’invitation de nos Pères dans la foi que, comme chrétien, nous ne pouvons vivre l’attente de la divine rencontre en oubliant notre engagement terrestre. Nous vivons dans un monde dont nous sommes comptables et au milieu des hommes dont nous sommes responsables. Et en même temps, nous ne sommes ni des juges, ni des propriétaires… Nous sommes veilleurs et éveilleurs ! Voilà ce que veut dire en somme être vigilants dans la vérité, la paix et l’amour. Bon courage. Père Michel