De Noël à Pâques
Un ange est venu annoncer à une jeune femme, nommée Marie,
qu’elle allait enfanter le Sauveur.
À l’autre bout de l’itinéraire terrestre de
ce bout d’chou, de ce petit d’homme, devant un tombeau vide, un autre ange
est venu annoncer à une autre femme, qu’on peut appeler Marie-Madeleine :
il est ressuscité, va dire à ses disciples qu’il vous précède en Galilée, c’est
là que vous le verrez.
Au-delà de tout ce qui brille en ce temps de Noël, au-delà des échanges de
cadeaux, nécessaires s’ils manifestent quelques aspects de nos besoins de
tendresse et d’amour, il ne faut pas que nous oubliions ce qui est à la source
de ce que nous sommes appelés à vivre. Voilà, paraît-il, que le dieu tout
puissant après lequel l’humanité court depuis des millénaires, vient se faire
l’un de nous. Oui mais… Il ne vient pas sur un char. Humblement, au milieu
d’une cohorte de migrants venant de Nazareth et d’ailleurs à Bethléem, il
arrive en un lieu tellement surpeuplé qu’on ne peut lui faire de la place. Alors,
ce sera une mangeoire ! Mais oui ! Dieu accepte de se faire dévorer par
l’humanité. Car il vient, en ce petit d’homme, pour nous montrer quelle est
la véritable vocation de notre humanité. Qu’est-ce qui fait que nous soyons
vraiment hommes ? Il suffit de regarder comment Jésus est venu vivre son
humanité parmi nous pour comprendre. Et l’on ne peut séparer cette
Nativité de la Passion-Résurrection qui l’accomplit. Il n’a cherché ni la
première place, ni les honneurs dont nous sommes tous si friands. Sa seule
préoccupation, pour nous révéler l’amour de celui qu’il appelle son Père, est
de prendre souci de tous ceux qu’il rencontre et de porter avec eux son
joug. C’est pourquoi il nous dit : si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit
le dernier et le serviteur de tous. « De la crèche au crucifiement », comme
dit le cantique, nous avons à prendre ce chemin qui nous conduit vers la
résurrection, c’est-à-dire vers l’entrée dans la plénitude de l’amour du Père.
Alors prenons ce chemin pour que nous puissions entendre, nous aussi : tout
ce que vous avez fait au plus petits d’entre mes frères, c’est à moi que vous
l’avez fait. Et il ne leur demande pas de certificat de baptême ou autre
« justificatif » ; il les remercie simplement d’avoir agi ainsi. Alors en ces
temps troublés (le massacre des saints innocents, les guerres) armons-nous
pour rendre gloire à Dieu avec tous nos frères humains qui contribuent à
l’édification du Royaume annoncé par Jésus et dont il nous dit qu’il est au
milieu de nous. Bernard Mercier







