Tu es fait pour le large et l’aventure !

Il y a quelques années, j’ai assisté à l’échouage d’un voilier sur un banc de corail. L’accident pourrait être banal. Ce n’est pas la première fois que des bateaux se brisent et s’échouent.

Mais depuis quatre ans… la carcasse achève de se démanteler au gré des vagues et des alizés. On dirait une parabole de la vie. Que de bateaux sillonnent l’Océan de nos existences. Nous montons des projets de toutes sortes : professionnels, familiaux, sociaux et j’en passe, jusqu’à rêver parfois notre retraite.
Parmi nos voyages, il y a des croisières ensoleillées. La mer n’est pas trop houleuse. Le bonheur a le vent dans les voiles. Nous souhaitons que les gens que nous aimons puissent goûter à notre aventure. De retour au port, ces projets nourrissent notre imaginaire.
Il arrive parfois que notre embarcation frôle les récifs, ou même, s’enlise dans les sables. Quand nous mettons à l’eau, nous ne sommes pas toujours certains que nos projets tiendront la mer. Il nous arrive de nous lancer dans une affaire en ne pouvant pas évaluer tous les risques. L’échec peut nous surprendre. Il faut alors rebrousser chemin et rentrer au port.
Certains naufrages nous dépriment plus que d’autres. Ils n’étaient pas prévus ou le projet nous tenait à cœur. L’échec peut nous déprimer. Frileusement, nous nous replions sur nous. L’horizon peut tenter de nous séduire, mais nous ne nous laissons plus fasciner. L’ancre est jetée, le bateau est en cale sèche. Finis les beaux projets! On ne m’y reprendra plus !
Méfions-nous de nos échecs, ou plutôt du regard que nous avons sur eux. La déception peut nous paralyser sans raison. Le caillou sur lequel nous avons achoppé, nous pouvons le dresser comme un rocher infranchissable. La peur peut nous retenir et nous rendre prudents plus que nécessaire. Que de gens ne risquent plus rien à cause d’un obstacle qui s’est trouvé un jour sur leur route. Un obstacle, un simple obstacle, alors que le reste du parcours est libre.
Ils deviennent alors des capitaines à la retraite. Ils n’osent plus. Ils ont domestiqué leur vie alors qu’ils étaient faits pour les grands espaces et les mers inconnues. Ils pataugent dans le ruisseau alors qu’ils pourraient s’offrir les vastes horizons de l’océan.
Parlez aux vrais marins de la vie. Ils vous diront que les ports ont pour mission de nous lancer en mer plutôt que de nous retenir sur la terre ferme. Ils rappelleront que l’existence est faite pour le grand large. Alors, devant les multiples appels de l’Église, laissons Jésus nous redire au cœur : Viens ! J’ai besoin de toi ! Lève-toi et marche !

Père Michel Boisaubert