Chère Marie-Madeleine
On dit que peu de temps après la Résurrection du Seigneur, une embarcation quitta la Terre Sainte.
A son bord, il y avait Marie-Madeleine, Marthe et les autres saintes femmes avec Lazare. La barque fut poussée par les courants jusqu’en Camargue au lieu dit Les Saintes Marie de la Mer. Lazare devint le premier évêque de Marseille. Marthe remonta le Rhône jusqu’à Tarascon. Quant à Marie-Madeleine, elle trouva refuge dans le massif de la Sainte-Baume où sa présence est toujours vénérée. Et depuis, les foules ne cessent de monter à la grotte pour interroger Marie-Madeleine sur ce qu’elle a vécu en ce lendemain de shabbat, au tombeau de Jésus. A mon tour, j’ai voulu l’interroger pour vous en sa qualité de premier témoin de la résurrection :
Eh bien, m’a-t-elle répondu, dites d’abord à vos amis que la première chose qu’ils doivent comprendre, c’est que nous n’étions pas du tout prêtes à ce qui nous est arrivé.
Alors j’ai demandé à Madeleine ce qui l’avait frappé ce matin-là : Il y a deux choses qui nous ont laissées sans voix. D’abord, le tombeau vide. C’était inimaginable pour nous. C’est longtemps après que nous avons compris qu’il faut d’abord être déçu par Dieu, pour être ensuite touché par lui. Si vous permettez, le Seigneur nous a roulées comme il avait roulé la pierre. Il nous a volé nos certitudes. Et ces deux personnages qui étaient là. Nous avons pensé à des anges. Mais, je suis persuadée qu’il s’agissait du Seigneur lui-même, lui qui est vrai Dieu et vrai Homme. Il venait nous consoler. Ensuite, m’a-t-elle dit, nous avons couru réveiller les apôtres. Déception ! Ils ne nous ont pas crues ! Là encore il m’a fallu du temps pour comprendre que le Christ ressuscité, ça ne se démontre pas. Chacun, comme Simon-Pierre, doit courir au tombeau, constater l’échec de ses explications, accepter d’être déstabilisé et attendre que le Ressuscité se manifeste. C’est une affaire de rencontre personnelle. Tout le reste ce sont des mots ! Alors, chère Marie-Madeleine, la conclusion ?
Après une brève réflexion elle m’a répondu : Dis à tes amis, que rien ne se comprend sur le moment. Il faut du temps pour digérer ses déceptions et pour accepter la réponse de Dieu qui n’est jamais la réponse des hommes.
Là-dessus, Marie-Madeleine, s’est tue, emportée dans sa contemplation. Sur son visage on lisait la joie, c’était la joie de la nuit de Pâque, cette joie qui vient du Seigneur et que nul ne saurait nous ravir.
Père Michel Boisaubert







